Cibele

Les joueurs sont de grands mélancoliques. Qu’il s’agisse de la déferlante de jeux retros qui ravivent les doux souvenirs d’enfance ou des remakes de jeux cultes d’antan qui déchaînent les passions, les occasions de renouer avec nos épisodes vidéo-ludiques marquants sont légion. Cibele embrasse cette vocation mais en adoptant une approche autant particulière que jolie.


Écrit par Nina Freeman, Cibele est une expérience semi-autobiographique. Dans la peau de l’adolescente aux conflits intérieurs propres à cette délicate période de l’existence, le joueur va découvrir l’amour. Mais loin des bancs d’école ou des soirées éthylisées où s’échangent traditionnellement les premiers fluides buccaux, c’est en ligne que cette romance dans l’air du temps déroule sa trame.

En effet, Nina est une nerd, du genre à préférer récolter l’expérience dans un MMO plutôt qu’aux côtés de ses semblables dans le monde réel. C’est donc aux commandes de son ordinateur que vous vous retrouverez, littéralement. Tel un puzzle narratif dont les pièces se disséminent tout au long du jeu, Cibele laisse la liberté au joueur de farfouiller dans les posts de forums, e-mails, archives de blog et en bien d’autres endroits de son intimité numérique. Rien ne vous y pousse fondamentalement, mais les explorer et rassembler les éléments de sens qu’ils dégagent constituent sans nul doute l’intérêt principal du jeu. Ce voyeurisme autorisé est d’autant plus tentant que l’histoire se trouvant à votre merci se dévoile par des morceaux d’authenticité fort bien pensés. Par exemple, la simple nomination d’un dossier se révélera parfois autant informative que son contenu.

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Une intimité livrée presque sans concessions. Respect.

Mais Nina est avant tout une joueuse et c’est donc en évoluant dans le monde de Valtameri, le MMORPG auquel elle s’adonne, que le joueur en apprendra plus sur sa relation amoureuse. À ce propos, Cibele jouit d’un partie pris fort intelligent. En effet, ce simili-jeu ne présente aucun intérêt ludique, aucun. Il suffit de cliquer sans réfléchir sur des ennemis pour les attaquer, en prenant soin de rester à proximité d’Ichi, l’autre joueur pour lequel la jeune femme se prend d’affection. Ainsi, on se retrouve avec un jeu inutile en arrière-plan tandis que notre attention reste concentrée sur les conversations et autres messages qui surgissent, permettant de compléter les informations précédemment récoltées.

Le jeu dans le jeu est pourri. C'est parfait.

Le jeu dans le jeu est pourri. C’est parfait.

Cette mécanique en apparence très pauvre, s’avère en réalité absolument brillante. En effet, tous les joueurs aguerris des MMORPGs d’antan vous le diront, arrivé à un certain stade on ne joue plus pour le jeu en tant que tel, mais seulement pour son aspect communautaire et les relations humaines tissées au sein de celui-ci. Les mécaniques ludiques ne deviennent que des alibis de pixels s’animant en arrière-fond, tandis que les conversations de guilde s’embrasent et les messages privés retiennent notre attention mais surtout notre intérêt. Cibele est parvenu à retranscrire avec brio ces sensations qui m’habitaient jadis, lorsque je défendais mon rôle de chef des druides sur un serveur RP-PVP de World of Wacraft. Souvenirs, souvenirs…

Le jeu est entrecoupé de scènes filmées, sympathiques mais sans plus. Les doublages eux par contre, sont d'une excellente crédibilité.

Le jeu est entrecoupé de scènes filmées, sympathiques mais sans plus. Les doublages eux par contre, sont d’une excellente crédibilité.

En premier lieu, ce sont des pulsions voyeuristes qui m’ont amené à essayer Cibele. L’idée d’affronter une adolescence tourmentée au travers des yeux d’une jeune nerd m’intriguait, et ce d’autant plus compte tenu du caractère semi-biographique du titre. Mais finalement, ce que j’en retiens c’est le pouvoir évocateur que le jeu a eu sur moi. À partir de là, j’ai de la peine à imaginer quelqu’un n’ayant jamais vécu pareille expérience pouvoir éprouver du plaisir en jouant à Cibele. À vrai dire, je serai très curieux de savoir quel serait son ressenti.

Cibele est disponible depuis le 2 novembre sur Steam ou en vente directe pour un prix d’environ $8.99.